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Le mystère de la mort : de quoi parlons-nous réellement ?


Photo d'art conceptuel abstrait illustrant un portail lumineux de fin de vie, une vision spirituelle ou le voyage après la mort (NED), représenté par un tunnel de lumière émanant de l'obscurité grunge et menant à une lumière céleste éclatante. L'image utilise des textures sombres et grunge pour l'obscurité environnante, encadrant un passage architectural orné et mystique à travers lequel une source lumineuse centrale et brillante rayonne de puissants faisceaux de lumière bleue et verte. Un orbe céleste avec une étoile scintillante est visible dans l'arrière-plan texturé. Cette représentation mystique évoque les concepts de mort, de transformation, d'espoir et de transition spirituelle vers l'au-delà.


Cet article de blog a pris vie comme l'ont souvent fait mes toiles. C'est-à-dire que j'en avais dessiné les contours, il y a maintenant plusieurs mois et je l'avais laissé de côté. Aujourd'hui, je le reprends et le voilà qui se pare de formes, de couleurs et de textures nouvelles… celles de mes réflexions et de mes rencontres.


Cette réflexion est partie d'une formule qui revient régulièrement dans les discussions philosophiques, les récits intimes ou les échanges du quotidien :

« la mort est inimaginable »

Cette affirmation, souvent acceptée comme une vérité absolue, éveille en moi une interrogation que je trouve fondamentale et légitime.

De quoi parlons-nous exactement lorsque nous prononçons ces mots ?


Si nous nous en tenons aux faits, la mort n'est pas un territoire totalement inconnu.

En effet, la science et la médecine la définissent avec une grande précision sur le plan biologique. Elle correspond à l'arrêt irréversible du fonctionnement des organes vitaux, au premier rang desquels se trouvent le cœur et le cerveau.

De plus, en dehors des situations de décès soudains, le processus qui mène à cet instant peut même être prévisible. Les professionnels de santé, tout comme les proches aidants, apprennent à observer et à reconnaître les signes physiques et psychologiques qui annoncent cette étape cruciale.

C'est quelque chose que nous abordons lors de la Transmission Thana. Et j'ai moi-même pu accompagner des mourants et leurs proches dans cette réalité. Même si l'imprévu reste un facteur à considérer, cette réalité corporelle de la mort n'est donc pas un mystère total, puisque nous en connaissons les manifestations tangibles.


Pourtant, malgré ces certitudes médicales, un frein voire un blocage persiste en nous, suggérant que l'essentiel de notre résistance se situe ailleurs que dans le domaine de la biologie.


Photographie en noir et blanc d'un gros plan émotionnel sur une femme cachant son visage de profil avec sa main, exprimant la tristesse, le chagrin ou le stress. La femme est en train d'agoniser, avec sa main contre sa joue et sa tempe. L'arrière-plan flou montre un papier peint ou un motif floral texturé, ajoutant une profondeur atmosphérique à la scène d'isolement ou de deuil. Cette image conceptuelle en noir et blanc capture les thèmes de la dépression, de l'anxiété, de la perte et du soutien en santé mentale.


Pourquoi la mort est-elle inenvisageable ?


Je me demande si lorsque nous disons que la mort est inimaginable, nous ne traduisons pas un tout autre sentiment. A mon sens, ce terme ne désigne pas une simple incapacité intellectuelle à se représenter le néant ; il exprime le fait que la mort est fondamentalement inacceptable et inenvisageable pour la condition humaine.

C'est un peu une révolte spontanée de notre instinct profond, notre élan vital et notre conscience contre l'idée de notre propre finitude ou de celle de ceux que nous aimons.

Est-ce que rendre la mort « inimaginable » n'est pas une façon de poser un voile de protection face à une réalité que notre psychisme refuse d'admettre ?

Ce serait le signe d'une impossibilité émotionnelle à consentir à la rupture définitive.


Au fil de mes accompagnements, j'ai réalisé que cette difficulté à accepter la fin de la vie est profondément liée à nos mécanismes intérieurs. Nous passons une grande partie de notre existence en mode réflexe, un « mode survie » dicté par notre cerveau archaïque dont la seule mission est de nous maintenir en vie, de fuir le danger et de repousser les menaces de manière instantanée.

Cette structure cérébrale primitive -zone apparue en premier dans l'évolution- se situe à la base de notre crâne. Elle gère nos fonctions vitales inconscientes comme la respiration, le rythme cardiaque ou les réflexes de défense.


Ce mécanisme automatique, qui s'active notamment face aux stress du quotidien, s'avère incompatible avec la mise en perspective de notre propre fin.

Alors comment notre esprit pourrait-il concevoir ou accepter sereinement sa disparition alors que la structure même de notre psychisme est programmée, instant après instant, pour survivre ?

Ce mode réflexe permanent crée une barrière cognitive et émotionnelle, rendant l'idée de la mort, pour beaucoup, totalement étrangère à leur fonctionnement habituel.



Photographie en couleur montrant une séance d'accompagnement thérapeutique ou un échange approfondi en extérieur entre deux femmes. Au premier plan, de dos, une personne écoute attentivement son interlocutrice. Face à elle, une femme mûre au visage expressif et ému participe à la discussion, la main levée près de sa tempe dans une attitude de réflexion ou de confidence. La scène se déroule en plein air avec un arrière-plan de verdure flouté et lumineux, évoquant la présence d'une thanadoula, l'écoute active, le deuil, l'expression des émotions et la relation d'aide.


Apprivoiser la peur de mourir : le rôle du néocortex


Pour autant, nous ne sommes pas prisonniers de ces automatismes inconscients. Il nous est possible de travailler activement avec notre néocortex pour assouplir ce réflexe de sauvegarde face à la finitude, vécue par nos structures anciennes comme une menace absolue... de destruction.


Je le vois en accompagnement thérapeutique, beaucoup de peurs sont liées, en profondeur, à la peur de mourir.

Contrairement au cerveau archaïque qui réagit par l'impulsion, par instinct, le néocortex possède la capacité de prendre du recul, de conceptualiser, de donner du sens et d'analyser une situation avec nuance. C'est le siège de la pensée consciente, du langage, de la logique, de la créativité et de la spiritualité.


Alors en sollicitant cette intelligence par la parole, la réflexion ou d'autres techniques, nous parvenons à rassurer notre cerveau primitif.

Nous pouvons ainsi créer un équilibre avec une prise de conscience majeure : la finitude n'est pas un danger immédiat à fuir mais un processus naturel de l'existence que nous pouvons apprendre à envisager.

C'est également au cœur de cette zone de la pensée consciente que viennent se loger les influences extérieures.


En ce sens, c'est à travers ce même néocortex que transitent et s'impriment nos croyances éducatives et collectives. Ces représentations culturelles, reçues et intégrées au fil de notre histoire, exercent une influence majeure sur notre capacité à appréhender la fin de l'existence.


Elles s'avèrent parfois profondément bloquantes. Il faut dire que dès l'enfance, notre culture tend à nous faire croire que naître est la promesse absolue d'une vie longue, linéaire et sans ombrage. Cette illusion de départ change négativement la donne : lorsque la mort ou la maladie surviennent, elles sont vécues comme une trahison, une anomalie révoltante plutôt que comme une composante du vivant.

Lorsqu'une société érige la mort en tabou absolu, l'associe systématiquement à la punition, à la déchéance ou à un échec médical, elle génère des constructions mentales qui viennent nourrir l'angoisse du cerveau archaïque. Elles figent l'esprit dans le déni et la lutte. Cela me ramène aux ateliers Thana que je propose, où bien souvent les personnes viennent déposer leurs perceptions de la mort, leurs appréhensions et leurs peurs.

Je ne pourrais vous dire ici, combien d'entre elles la percevaient, dans un premier temps du moins, comme une ennemie à abattre, une sanction etc.


Photographie en noir et blanc d'un portrait en gros plan et de profil d'une femme qui sourit sincèrement tout en ayant une larme coulant le long de sa joue. Ce contraste puissant illustre des émotions mêlées, symbolisant la résilience, la libération émotionnelle, le soulagement spirituel ou l'acceptation sereine face au deuil. L'image, capturée dans un style naturel et intime, évoque les concepts d'apaisement, de cheminement intérieur, d'expression des émotions profondes et d'accompagnement par une thanadoula.


De la peur à l'apaisement


A l'inverse, ces représentations collectives peuvent devenir de puissants facteurs de soutien. Si notre éducation et notre culture intègrent la mort comme un achèvement naturel, une transition respectée ou un passage entouré de rituels porteurs de sens, le néocortex offre alors un cadre rassurant. Il permet d'adoucir la perception du deuil et d'offrir une forme de paix face à ce qui échappe au contrôle humain.


Ce passage d'une vision terrifiante à une approche apaisée n'a rien d'utopique, il se vérifie concrètement dans le partage des vécus. Sur ce chemin de transformation, je me souviens des larmes de Béatrice, des larmes mêlées de regret et de soulagement quand elle avait appris que la fin de vie et ses derniers instants pouvaient être emplis de partages, de joie et de paix ; quand elle avait découvert, lors de la Transmission Thana que ce qu'avait vécu son père, lors de l'agonie, était normal et non le reflet de ses manquements et de son incapacité à agir. Il avait été touchant de la voir se projeter sur ce qu'elle voulait maintenant transmettre à ses petits-enfants et de sentir l'apaisement profond en lien à sa propre mort.


La confusion s'installe aussi parce que notre société, souvent dominée par une vision bloquante et par cette peur réflexe, prête à la mort de multiples attributions qui ne lui appartiennent pas. Nous lui accordons des places injustifiées dans notre imaginaire collectif, créant un amalgame entre l'événement biologique lui-même et les périodes qui l'entourent. Ce phénomène se manifeste particulièrement dans deux espaces distincts : le temps de la fin de vie et le territoire de l'après-mort.

Dans ces deux dimensions, la mort ne peut être une réalité concrète, elle est une simple idée, un concept abstrait et inenvisageable sur lequel nous projetons nos propres angoisses de survie.

Photographie en noir et blanc, en haut des nuages denses représentent le ciel, en bas, surface indéfinissable. D'un espace à l'autre une échelle représentant le passage entre la terre et le ciel, symbolique de la mort.


Fin de vie et après-mort : dissiper les projections imaginaires


Lors de la fin de la vie, il demeure rigoureusement impossible d'imaginer ce qu'une personne traverse au plus profond de son être. Je me souviens de moments singuliers et intimes, où des personnes mourantes me confiaient ce qui les traversait. Au cœur de leur émotions, elles précisaient que les mots étaient peu de choses. De ma place, je percevais, en effet, que même si les mots sont importants, ils ne peuvent retranscrire la réalité vécue, la sensation dans le corps, l'impact émotionnel, le flux des pensées. Une phrase d'un accompagnement de fin de vie me revient.

Dans sa chambre, dans un silence imposant un calme profond, P. me confia : « Sylvie, il ne faut pas se fier au calme extérieur car personne ne peut ressentir à ma place les remous de mon monde intérieur. »

Malheureusement, parce que cette étape confronte l'entourage à l'inacceptable, et réactive ce réflexe de fuite face à la finitude, les proches perçoivent trop souvent cette ultime période comme le fait de « vivre sa mort ».

A travers ce prisme déformant, le malade ou la personne âgée se retrouve fréquemment considéré comme s'il était déjà mort, alors qu'il est encore vivant, habité par des émotions, des besoins, des envies.


C'est une nouvelle émotion qui me traverse en posant ces mots car c'est ce qui avait déposé en moi les graines de l'accompagnement de la fin de vie. Il y a plus de 20 ans, le décès de ma grand-mère avait marqué tout mon être de cette empreinte... comme un tatouage invisible : « l'existence du mourant a sa place jusqu'au souffle ultime. »


Dans le cas précis de l'après-mort, à mon sens, l'esprit humain se heurte à l'impossibilité de concevoir l'absence totale de conscience humaine. Face à ce vide, ressenti comme vertigineux et inacceptable par notre instinct de conservation, l'imagination s'active et convoque, une nouvelle fois, nos croyances diverses, philosophiques ou religieuses.

Ces croyances ne doivent pas être perçues comme de simples constructions théoriques. Élaborées par le néocortex en quête de repères et souvent nourries par des expériences ou des courants collectifs, elles jouent un rôle fondamental. Elles offrent à chacun des structures intérieures de référence et un adoucissement face à l'inenvisageable. Cela donne la possibilité de désactiver le mode survie ou tout du moins de l'atténuer pour vivre sa propre fin de vie plus sereinement.



Photographie en couleur capturant un moment de soutien émotionnel intense et de recueillement au sein d'un groupe dans une pièce voutée en pierre. Au centre, une femme en deuil exprime une profonde tristesse, soutenue et tenue par les mains par une accompagnante attentionnée face à elle. Deux autres personnes entourent la scène dans une posture d'écoute et de bienveillance partagée. L'atmosphère intime, chaleureuse et solennelle de ce rituel ou de cet atelier évoque l'accompagnement du deuil, la libération des émotions, la sororité, le soutien communautaire et la présence réconfortante d'une thanadoula.


Instinct de survie et besoin d'appartenance


Pour aller plus loin dans la compréhension de nos peurs, cette grille de lecture nous demande aussi de distinguer l'épreuve de notre propre disparition de celle de la perte d'un proche.


Face à la perspective de notre propre mort, c’est notre instinct de survie le plus archaïque qui se manifeste. En revanche, face à la mort d’autrui, la menace ne vise pas notre intégrité physique mais notre structure relationnelle : c'est alors notre besoin fondamental d'appartenance et d'attachement qui sont violemment impactés. La perte d'un proche peut briser le lien social, le clan et les repères identitaires qui nous unissent aux autres, ou tout du moins, elle peut laisser penser que c'est un risque.


En déplaçant notre regard vers ceux qui restent, une distinction importante s'impose. L'expression « je vis la mort de cette personne » remplace souvent la réalité de notre propre vécu. L'expérience douloureuse que traverse celui qui reste consiste à vivre l'absence définitive de l'autre et non la mort elle-même.

La mort appartient à celui qui meurt, tandis que le deuil, le manque et l'apprentissage de cette absence appartiennent à ceux qui vivent encore.

Le véritable mystère ne réside pas tant dans la fin biologique de l'existence que dans notre difficulté collective à quitter le mode de survie pour investir le présent du vivant, à démêler nos conditionnements bloquants et à nommer correctement nos propres ressentis.


La posture d'accompagnement de la fin de vie et du deuil, spécifique de la thanadoula que je suis, prend ici encore tout son sens. En agissant comme un pont entre le cœur, la pensée consciente du néocortex et l'apaisement des peurs primitives, mon rôle permet de redonner sa juste place à la vie jusqu'au bout du chemin.

Je vous accompagne à déconstruire les croyances limitantes, à apaiser les réflexes de survie et à mobiliser les ressources soutenantes du psychisme pour vous concentrer sur la réalité de l'instant présent, tout en accueillant avec douceur l'intimité spirituelle et les besoins de chacun.



Crédit photo Or-photographie

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