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La considération : bien plus que du respect, l'art d'offrir une vraie présence



Deux femmes assises dans l’herbe en forêt, l’une parle; lumière douce, arbres et pierres autour, ambiance calme. La place est faite à la considération.


Suite à différents échanges, ma réflexion s'est posée sur la considération. Ce mot puise son sens dans l'héritage du latin considerare, dont le Dictionnaire de l'Académie française rappelle l'origine : l'acte d'observer attentivement les astres.

A ce geste, j'associe la décision toute simple de ralentir, suspendre la course du temps et lever les yeux. Je ne pense pas que considérer se résume à un respect passif. Je vois plutôt un mouvement vers l'avant, une volonté claire d'accorder de l'attention et de la dignité, sans chercher à utiliser, corriger ou contrôler.



Qu'est-ce qui se joue quand nous considérons ?


J'ai été particulièrement attentive ces dernières semaines et j'ai remarqué que ce regard de considération déclenche une transformation à la fois chez celui qui observe et chez celui qui est observé. Je vous partage ce que j'ai pu relever au cœur de ce processus.


La suspension du jugement et le ralentissement 

En effet, je crois profondément que la considération demande d'interrompre la réactivité immédiate. J'aime bien l'idée qu'elle nous amène dans un espace de vacance intérieure. Elle invite alors à faire une pause, à faire taire le monologue intérieur plus ou moins bruyant et surtout d'abandonner les grilles de lecture préconçues.


La décentralisation de soi

Quand ce regard s'active, je perçois que l'ego quitte le centre de la scène. Il laisse la place à une posture d'humilité. Il invite à accepter que l'autre ou la situation possède sa propre vérité. Je pense que c'est là que les projections personnelles s'effacent pour ouvrir un espace à la réalité telle qu'elle se présente.


L'ajustement de la présence

C'est intéressant de voir comment, dans cet espace, l'attention s'incarne dans le sensible. Le regard prend le temps de voir vraiment, l'écoute accueille les mots autant que la densité réelle des silences, et le geste adopte alors une prévenance qui témoigne de la valeur accordée à l'instant.


La création du lien et la sacralisation

En portant cette attention désintéressée sur un élément aussi bien un être vivant, un objet, qu'un souvenir, nous lui permettons de sortir de la banalité. Je dirais qu'il se trouve consacré par la qualité même de la relation qui se tisse.

Peut-être est-ce la considération qui porte le sacré et lui donne vie…

Main posée sur l’épaule d’une femme aux tresses, en robe bleue à pois, dans une lumière douce et intime. Le geste porteur de considération.


Créer des repères sensibles dans le quotidien


Dans la trame du quotidien, cette dynamique peut transformer notre façon de vivre et d'aborder les choses de la vie, ainsi que la relation à soi et aux autres. Elle offre de la douceur aux transitions, pose un soin particulier sur les objets de mémoire et transforme les gestes simples en repères sensibles.


J'aime beaucoup cette expression « repères sensibles » qui enlève au geste son caractère d'automate et lui insuffle une intention.

Nous ne sommes pas toujours dans la considération, il me semble d'ailleurs difficile d'y être constamment. Néanmoins, parfois, sortir d'une exécution par habitude ou par obligation permet à un geste ordinaire de devenir extraordinaire.


La différence se ressent au moment même où l'on essaie. Cette attention particulière peut revenir à votre esprit la prochaine fois que vous poserez une main sur une épaule, allumerez une bougie ou préparerez la table. Le temps d'un instant, le geste accompli devient alors un langage, créant un ancrage profond dans le présent.



Recevoir l'autre et entourer la finitude


Au cœur de la rencontre, cette posture permet d'accueillir l'autre dans sa totalité. L'altérité demeure intacte, protégée par une frontière invisible où chacun reste une entité propre, tout en étant relié à l'ensemble.


Et face à la traversée de la finitude, ce mécanisme redonne toute sa place au mystère. Afin d'entourer le départ d'une gravité paisible, il suffit parfois de suspendre l'urgence et de poser ce regard empreint de délicatesse. Les dernières paroles, les derniers silences prennent la teinte de la préciosité de leur rareté. Cette empreinte se pose comme une marque indélébile, offrant aux souvenirs un terreau riche pour poursuivre le lien au-delà de l'absence.



Un homme et une femme se tiennent les mains dans un parc boisé, se regardant avec gravité. La place fondamentale de la considération dans l'accompagnement.


La considération dans la posture d'accompagnement


J'aimerais terminer en disant que dans la posture d'accompagnement, la considération constitue l'ancrage ultime. Elle demande d'abandonner toute volonté sur l'autre pour devenir un témoin engagé et neutre. Dans cet espace sécurisé par une présence sans réserve, la vulnérabilité du mourant et des proches peut se déposer et trouver sa propre dignité.


Finalement, offrir de la considération aux autres commence sans doute par la manière dont nous nous considérons nous-mêmes. La question est :

Sommes-nous capables d'accorder à nos transitions, à nos doutes et à nos silences, cette même présence dénuée de jugement ?

La réponse appartient au chemin de chacun, dans ces choix qui tissent notre présence à notre propre vie.

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