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Tanzanie, un voyage au cœur du vivant


Vue panoramique du volcan Ol Donyoi Lengai en Tanzanie dominant la savane près du Lac Natron avec un zébu au premier plan.


Voilà presque trois semaines que je suis revenue de ce merveilleux voyage en Tanzanie. Je me lance à poser les premiers mots sur cette expérience simple et intense. Il y a fort à parier qu'il y aura d'autres partages à ce sujet.


Dans ce premier récit, j'aborde cette aventure d'un point de vue personnel. Je reviendrais ultérieurement sur la Retraite Human co-créée et co-animée avec Emmanuelle Guiard-Paulos et immortalisée par Céline Machy.


Mon itinérance professionnelle m'a d'abord conduite en Guadeloupe où je retourne maintenant régulièrement, puis au Kenya à deux reprises, au cœur de la mystérieuse Forêt de l'enfant perdu et l'année dernière dans le silence absolu et l'immensité du désert marocain.

Cette année, mes pieds ont foulé le sol de la Tanzanie et plus précisément le sable noir, brûlant, témoin de la somptueuse présence du volcan Ol Donyoi Lengai, près du Lac Natron.



Ma vision du voyage


Je vis mes voyages comme une extension naturelle de mon existence. Je ne les considère plus comme des parenthèses enchantées ou une mise en suspens de mon quotidien. J'ai appris et compris que vivre un voyage comme une césure finit souvent par ancrer un vide une fois rentré, comme si une dizaine de jours manquaient cruellement à l'agenda de notre vie. Ainsi, chaque jour passé, ici ou là, ici en Tanzanie, est, pour moi, un jour de mon quotidien simplement vécu autrement et ailleurs.


De ce fait, je ne ressens pas vraiment de besoin de réadaptation. Je me dis que c'est assez logique puisque je ne vis pas de déracinement, ni dans l'expérience du départ, ni dans celle du retour.


Ce rendez-vous avec la terre maasaï s'est inscrite dans la continuité de ma vie : une aventure permanente, une succession de rencontres et de découvertes. En intégrant pleinement et instantanément ces expériences à ma réalité, je garde vivant en moi la chaleur du sable, le chant des oiseaux et les couleurs tantôt flamboyantes tantôt pastelles du ciel, sans aucune empreinte de mélancolie de la fin.


Mon quotidien reste le même, nourri simplement de nouveaux horizons et de cette intensité que je cultive chaque jour.


Chaque découverte du monde m'amène inévitablement à aimer mon propre monde, sans aucune notion de comparaison. Il n'existe ici ni "mieux" ni "pire", ni "bon" ni "mauvais". Le départ possède cette vertu unique d'enrichir le retour, créant un équilibre où j'aime autant partir que revenir. Je refuse d'idéaliser ces terres lointaines ou d'y chercher un extraordinaire déconnecté du réel.

C'est simplement vivre la vie autrement, autre part, toujours avec la même présence.


Le Maasaï Giraffe Eco Lodge



Panneau d'accueil en bois du Maasaï Giraffe Eco Lodge avec son logo représentant deux girafes, situé dans le paysage aride près du Lac Natron en Tanzanie. Crédit photo C. Machy
Crédit photo - C. Machy


Une des belles découvertes de ce séjour tanzanien a été le Maasaï Giraffe Eco Lodge et sa fondatrice Ingrid T.


Le camp Maasaï Giraffe n'est, à mes yeux, qu'équilibre. En effet, équilibre entre tradition et modernité, entre simplicité et confort. Ce qui m'a le plus touché c'est l'équilibre entre la sécurité et l'ouverture, certainement parce qu'il vient en résonance avec ma réalité.

Ingrid a su mettre ce qu'elle porte de son être, son expérience et de sa culture au service du peuple maasaï avec respect. Pas de faux semblant… mais une relation d'amour chargée d'émotion.


La configuration et l'organisation du lieu ainsi que sa localisation offrent de se vivre pleinement et facilement au cœur de tout ce qui l'entoure : lieux magiques, population maasaï, animaux sauvages.


Ingrid propose un espace ouvert aux femmes maasaï et à leurs enfants. Qui veut, vient et se retrouve sur la pelouse du camp, à l'ombre des acacias. Elles se retrouvent alors pour papoter et fabriquer des bijoux, qu'elles proposent à la vente aux touristes.

Notre élan commun à nous rencontrer, notre envie réciproque d'échanger ont suffi à créer de beaux espaces de partages.

Nous ne nous sommes pas contentés de leur acheter des bijoux, nous en avons créés avec elles, nous avons parlé, chanté et dansé avec elles. Plus besoin de mots, les sourires et les étoiles dans les yeux se sont posés comme langage universel.


Rassemblement en cercle autour d'un feu de camp avec le peuple Maasaï en Tanzanie, illustrant un moment de partage et de coutumes locales durant une retraite de groupe. Crédit photo C. Machy
Crédit photo - C. Machy


L’accueil au sein d’un boma, ensemble de huttes rondes traditionnelles entourées d'une clôture d'épineux - même configuration pour le camp Maasaï Giraffe -, a amené au cœur de nos partages une touche précieuse de confiance et d'intimité. J'ai ressenti combien pénétrer dans cet espace de vie demandait d'accepter de laisser ses propres codes à l'entrée pour embrasser une culture de la terre et du bétail. La joie de ce partage se niche dans les gestes quotidiens : j'ai pu ainsi, comme le font les femmes maasaï, enduire de bouse de vache la façade d'une maison, participer à la préparation de l'ugali, un porridge souvent préparé avec de la farine de maïs et de l'eau,  au-dessus du feu dans une manyatta (maison traditionnelle).


Dans ce voyage-ci, en Tanzanie, j'ai pu réellement voir que leur quotidien s'égrène au rythme des rituels. Ainsi nous avons partagé le chai brûlant (boisson chaude à base d'épices, souvent préparée avec du lait), assisté à la traite des vaches au petit matin, observé la préparation du chai médicinal dans les calebasses traditionnelles, pour certains porté du bois et attrapé les ânes.


Les hommes maasaï, eux, nous ont accompagnés dans nos déplacements, leur force tranquille nous a enveloppés de tendresse et de sécurité. Ils nous ont guidés, soutenus, attendus aussi et même éclairés lorsque nous sommes rentrés dans la nuit noire, bien plus tard que prévu.



L'épreuve du volcan et la récompense de l'eau



La chaleur était au rendez-vous. Un changement de programme nous a amenés à programmer la randonnée dans les gorges dans l'après-midi. Nous avons quitté le Lodge, équipés : casquette, manches longues, crème, eau, chaussures de marche et pantalon long. Oui, la chaleur, je connais mais j'avais oublié un paramètre de taille… le sable noir, brûlant, renvoyant la chaleur d'un soleil au zénith.


La première partie du trajet s'est apparentée à une véritable ascèse. Tout mon être a été mis à l'épreuve, mon corps, mon esprit… toutes mes ressources mentales et physiques ont été mises à contribution. Dans cet environnement extrême, le mental a pris le relais des muscles, ma concentration s'est posée sur ma respiration dont le rythme est devenue, comme à chaque fois dans ces situations, celui de ma marche.


Groupe de randonneurs marchant sur le sable volcanique noir de Tanzanie, en direction des gorges et des montagnes arides près du Lac Natron. Crédit photo - C. Machy
Crédit photo - C. Machy


A ce moment-là, j'ai su, il fallait me dépasser, me concentrer sur chaque appui, écouter mon corps et ma respiration... être pleinement dans le «un» pour avancer encore et encore. C’était une forme de méditation active où le monde s'était réduit à l'instant présent. Seul repère, la cadence donnée par ma respiration.


Une fois dans les gorges, l'enfant en moi a retrouvé tout son allant pour crapahuter, grimper, traverser la rivière etc. Je m'émerveille toujours de sentir l'enthousiasme et la joie qui m'animent dans cet exercice. Puis, le miracle a opéré : l’accès à la cascade m'a offert une renaissance, une eau vive qui est venue laver la poussière et la fatigue. La joie… réponse intérieure à la beauté qui m'entoure, à la fierté de ne pas avoir renoncé, à la gratitude pour mon corps de me suivre dans mes folies etc.



Les couleurs de l'aube au Lac Natron



Une autre facette de cet émerveillement s'est révélée lors de la randonnée matinale vers le Lac Natron. Nous étions partis, cette fois-ci, avant le lever du jour.

La peintre coloriste que je suis, n'a pas pu résister à la beauté et la féerie du spectacle : silhouettes graciles des girafes se découpant sur des couleurs indescriptibles qui font vibrer le cœur.


Silhouettes de girafes dans la savane au lever du soleil en Tanzanie, ciel aux nuances de rose et violet sur fond de montagnes.

L'arrivée au lac nous a mis face à une étendue infinie où des milliers de flamants roses s'activaient dans un ballet rose et blanc. Ce spectacle, baigné par la lumière naissante, m'a confirmé cette sensation de faire partie intégrante du vivant.



Seul Ensemble



Mon expérience repose sur un équilibre subtil que je nomme le «Seul Ensemble». Je le transpose dans chacune de mes expérimentations. Dans ce voyage en Afrique, nous avons partagé le même chemin, les mêmes paysages et les mêmes repas, pourtant il est resté profondément individuel. Chacun a vécu sa propre transformation intérieure tout en bénéficiant de la présence rassurante du groupe.

Cette dynamique crée une solidarité invisible mais puissante, où le silence de l'un respecte la réflexion de l'autre.


La richesse du vivant comme miroir professionnel



Ces immersions dans des terres aussi puissantes que le désert marocain, une forêt primaire ou les flancs d'un volcan tanzanien nourrissent directement ma pratique professionnelle de thanadoula.

Il est évident que chacun de ces voyages, m'invitant à m'adapter à cette nature sauvage, à accueillir ces cultures différentes me parle et nourrit mon ouverture et mes perspectives sur les transitions de vie que j'accompagne.

La nature, dans sa splendeur comme dans sa rudesse, nous enseigne le cycle permanent du vivant : la naissance, la transformation et le retour à la terre.

Mon approche s'enrichit de ces silences et de ces espaces infinis. Je puise dans la force du volcan la capacité de rester ancrée face aux tempêtes émotionnelles de ceux que j'accompagne. L'immensité du Lac Natron me rappelle que chaque existence s'inscrit dans un grand tout et que mon rôle de thanadoula consiste précisément à remettre de la douceur et du sens là où le paysage semble parfois aride.


Groupe de randonneurs en file indienne sur une colline aride surplombant un village traditionnel maasaï (boma) dans la plaine du Lac Natron en Tanzanie. Crédit photo C. Machy
Crédit photo - C. Machy

Ce voyage me confirme que pour accompagner l'autre vers son propre horizon, je dois moi-même continuer d'explorer les miens avec curiosité et respect.

Ce sentiment de gratitude face à la beauté brute du monde constitue un enrichissement que je ramène, à chaque fois, dans mes bagages. C’est un trésor immatériel, une force puisée dans la terre africaine qui vibre en moi.


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