Rendez-vous en Terre d'ouverture
- Sylvie, Thérapeute, Thanadoula Palliathérapeute

- 16 mars
- 6 min de lecture
Retraite Human en Tanzanie

Après nous avoir invités au Kenya, au cœur de la Forêt de l'enfant perdu et dans le désert marocain au milieu des dunes, la Retraite Human, co-créée et co-animée avec Emmanuelle Guiard-Paulos, nous promettait un doux mélange de ces deux premières expériences. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés auprès du peuple maasaï, entourés du sable noir volcanique témoin de la présence du majestueux Ol Doinyo Lengaï.
Cette année, nous avons eu la joie d'accueillir dans l'équipe Human, Céline Machy, photographe thérapeute ; également avec nous pour transmettre sa connaissance de la spiritualité Maasaï, Alexandra Dugast.
Le voyage en Tanzanie a commencé dès notre départ de l'aéroport de Marignane (Marseille). Une nouveauté... l'escale ne se faisait pas à Paris, comme d'habitude, mais en Éthiopie, à l'aéroport d'Addis Abeba, pour une arrivée en Tanzanie, programmée à l'aéroport Kilimanjaro.
L'aventure de la troisième édition de la Retraite Human n'a, quant à elle, débuté qu'au départ du Rafiki Retreat Hôtel. Cette première journée nous offrait un transfert de 5 heures en jeep safari, direction le Maasaï Giraffe Eco Lodge.

Au fil des kilomètres, dans la poussière des pistes, les repères habituels s'effaçaient, laissant place à l'immensité des étendues sauvages. Ce mouvement vers l'inconnu symbolisait déjà l'ouverture d'un espace sacré où chaque participant, venu avec son histoire personnelle, ses doutes et ses aspirations, s'apprêtait à rencontrer, pour certains une nouvelle fois, pour d'autres pour la première fois, sa propre nature.
Les paysages défilaient. De mon côté, j'observais mes compagnons de route, tout leur être témoignait de l'expérience d'un premier passage, celui d'une vie rythmée par l'horloge à une existence guidée par l'horizon.
Le sentiment d'appartenance au grand tout, à la Terre s'installait doucement, presque à notre insu. La conviction ou la sensation que nous faisions partie intégrante du vivant devenait une réalité physique. Cela s'infusait en nous avec ce tendre rappel que l'humain et la nature vivent dans une même respiration.
Ce temps-là, seuls ensemble, pouvait être vécu comme une première phase d'ancrage permettant à chacun de ressentir sa place légitime au sein de la création, loin des étiquettes sociales ou professionnelles qui encombrent bien souvent le quotidien.
L'émerveillement et l'eau comme vecteurs de richesse intérieure
Cette année, j'ai vraiment remarqué que la richesse de notre humanité se révèle dans notre aptitude à l'émerveillement, une faculté que l'adulte oublie, trop souvent, sous le poids des obligations et du rythme effréné de son quotidien.
Ici, cette reconnexion passait par un tempo ralenti comme suspendu et par la beauté des éléments naturels environnants. Ainsi, le contraste entre le sable brûlant et la fraîcheur de la source créait un choc sensoriel provoquant le réveil des corps meurtris et engourdis. L'eau des cascades jaillissait avec force au cœur des gorges abruptes. Nombre d'entre nous se plaça en dessous comme pour accéder à un nettoyage puissant et profond. Il faut dire que sur la deuxième partie de la randonnée, le son de la rivière nous avait appelés à prendre conscience de notre propre flux intérieur et du lien invisible unissant notre richesse personnelle à celle de ce qui nous entourait. L'appel à l'union était impressionnant.

Ce cadre naturel majestueux préparait aussi le terrain pour un travail thérapeutique essentiel sur les cycles de la vie.
Pour grandir et laisser respirer le vrai, il fallait accepter de laisser mourir l'ancien.
Plusieurs moments précieux de partage, lors d'ateliers proposés par Emmanuelle et moi-même montrèrent combien les carapaces, les croyances limitantes et les rôles endossés par habitude finissaient par étouffer l'être véritable. En y repensant, je me dis que le paysage du Lac Natron, avec ses reflets irréels et son atmosphère hors du temps, offrait un miroir saisissant à cette transformation. Ce décor incroyable, d'une pureté absolue accompagnait parfaitement le processus de dépouillement en cours. Il invitait chacun à embrasser son humanité dans ces multiples facettes et à accueillir que sa beauté vienne de tout ce qui le crée, aussi bien de ses ombres que de ses lumières.
La cérémonie du pardon et le renouveau du Lac Natron
Le rituel de la cérémonie du pardon autour du feu, proposé par Alexandra constitua un des piliers émotionnels de cette aventure tanzanienne. Les flammes ne servirent pas seulement à éclairer la nuit étoilée, elles devinrent le réceptacle des fardeaux que chacun décidait de déposer.
Chaque marche dans le sable noir et chaud contribuait à intégrer ce mouvement de libération intérieure. Quelque chose d'obsolète demandait à s'effondrer pour que la vie, dans sa forme la plus vibrante, puisse éclore encore. Ce passage par le vide semblait indispensable pour laisser naître un sentiment de présence absolue à soi-même, au groupe et au monde.
J'en ai déjà parlé dans mon précédent article de blog « Tanzanie : voyage au cœur du vivant », la rencontre avec les girafes, dont la silhouette se découpait sur l'horizon au lever du jour, dessinait l'esquisse de cette nouvelle naissance.
La présence de ces animaux nous rappelait à chaque instant que la force n'exclue pas la douceur et que la verticalité reste une recherche permanente d'équilibre.

Dans ces moments-là de passage, en tant qu'accompagnante, je perçus mes compétences de thanadoula comme une ressource précieuse. Ma capacité à tenir l'espace face à ce qui se termine, permettait aux participants de vivre leur propre métamorphose avec une sécurité émotionnelle totale, sans que le cadre ne vienne envahir leur expérience personnelle de la retraite.
L'altérité et la transmission de la spiritualité Maasaï
Cette aventure humaine se nourrissait intensément de la présence de l'autre, perçu comme une source d'inspiration et un miroir constant. L'expérience collective de la Retraite Human ne s'est pas vécue en vase clos mais dans une interaction permanente aussi bien entre les membres du groupe qu'avec les femmes et les hommes tanzaniens présents. Dans cet espace sécure, chaque individu est devenu comme le souffle de l'autre.
L'accompagnement mené avec Emmanuelle s'est mêlé aux regards artistiques de Céline et Simon, le fils d'Alexandra. Leur travail photographique ne consistait pas seulement à capter des images mais à documenter la lumière qui émanait des êtres, des situations, des rencontres au fil des jours. Cette synergie entre thérapie et art, chère à mon cœur, permit de fixer dans la matière les changements invisibles qui s'opéraient dans les cœurs.
La présence d'Alexandra - Nenkaï - et de nos guides maasaï, Ipenga et Timane apportait une dimension de transmission spirituelle juste, simple et précieuse. Ils nous ouvrirent les portes d'une sagesse fondée sur le respect de la terre et des ancêtres. Dès lors, le partage du chaï dans la boma traditionnelle ne fut pas une simple étape mais bien une véritable constellation d'humanité où les frontières culturelles s'effaçaient peu à peu. Dans cet échange simple et profond, nous avons découvert comment l'autre nous nourrit et nous offre de faire un pas de côté.

En devenant à notre tour une source de joie pour eux, nous avons scellé un pacte de respect mutuel qui restera gravé dans la mémoire du lieu et de nos cœurs.
Le feu intérieur et l'empreinte symbolique d'une humanité retrouvée
Le feu de nos terres intérieures finit par s'aligner avec la puissance tellurique de la Tanzanie. Cette terre de création volcanique résonnait avec la flamme que chaque être portait en son centre, permettant de rencontrer sa propre force et de l'activer.
Entre le feu du volcan et l'eau du lac, près du camp façonné par les hommes, entourés des animaux sauvages, l'acte de poser une empreinte symbolique de notre humanité prenait tout son sens. Il prolongeait le fil invisible tissé lors des précédentes éditions au Kenya et dans le désert marocain. Ce geste rituel marquait la fin du cycle de transformation et le début de l'intégration, ancrant les promesses faites à soi-même, avec pour témoin la force et la beauté de la nature.
Le retour sur ses terres
Le retour vers le Rafiki Retreat Hôtel ne signifiait pas la fin du voyage. Ce transfert n'était pas un point final à l'expérience engagée. Il l'accompagnait à se poser comme une connaissance intérieure durable et profonde. Chaque personne repartit avec une vision renouvelée de son propre chemin, prête à faire rayonner cette humanité connectée dans son quotidien.
La transformation vécue durant ces huit jours n'est pas une parenthèse mais bien huit jours de notre vie : un quotidien que nous avons décidé de vivre ailleurs et autrement.
Cette retraite confirme une fois de plus que c'est au contact de la terre et de l'autre que nous découvrons véritablement qui nous sommes, une fois les artifices tombés.






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