Le deuil animalier
- Sylvie, Thérapeute, Thanadoula Palliathérapeute

- 29 juin
- 4 min de lecture

Avant de démarrer mon article de blog, je voulais rendre hommage à Maddie, ma compagne de vie pendant 12 ans. Je l'ai accompagnée, il y a quelques mois sur les derniers jours de sa vie, j'étais là aussi lors de son euthanasie. Choix fait après plusieurs jours de souffrance. J'ai décidé d'illustrer cet article des photos prises d'elle, la dernière semaine de sa vie... je voulais célébrer ainsi notre relation et surtout témoigner du lien vivant encore et toujours.
La perte d'un compagnon animal est une épreuve intense et profonde. Lors de différents accompagnements que j'ai faits concernant ce deuil, le deuil animalier, les témoignages soulignent régulièrement que l'entourage minimise la douleur ressentie alors même que le quotidien, lui, s'effondre. Ce deuil, comme tout processus de deuil, possède ses silences, ses mécanismes, et, il mérite d'être pleinement reconnu.
Les enjeux de la projection
Dans ma pratique, je constate régulièrement que notre animal de compagnie occupe une place unique dans notre espace psychique. Parfois, sans que nous en ayons conscience, il devient le dépositaire de nos confidences, le garant de notre sécurité affective ou le substitut d'un rôle familial laissé vacant. Dans ce tête-à-tête, l'animal accepte toutes nos émotions sans jamais nous juger ni nous repousser.
Cette absence de jugement favorise l'attachement, un attachement que beaucoup définiront d'une beauté rare. Cet amour inconditionnel peut également créer une dépendance affective invisible. Nous comprenons ici que le perdre ne se limite pas à perdre un être vivant cher. Dans ce cas, c'est tout le système relationnel et identitaire projeté sur lui qui s'écroule.
Ce que je vois fréquemment chez les personnes que j'accompagne, c'est ce double vide en quelque sorte. Ainsi les personnes endeuillées pleurent leur animal, ils pleurent aussi cette part d'eux qu'il portait au quotidien.

Deuil animalier : Une blessure identique au cœur de l'attachement
Cette réalité clinique m'amène à poser un constat qu'il convient d'aborder avec tact tant il peut parfois surprendre, voire heurter. Et je le comprends totalement. Pour une partie de notre entourage notamment, comparer la perte d'un animal à celle d'un être humain reste difficilement envisageable. La comparaison peut sembler disproportionnée, douloureuse même pour ceux qui ont traversé le départ d'un parent ou d'un enfant.
C'est bien au niveau de la comparaison que l'incompréhension se glisse et peut amener de la colère. Je parle d'un point de vue strictement psychologique.
Le processus de deuil engagé s'avère d'une nature similaire. Ce qui détermine l'intensité d'un deuil, ce n'est pas l'identité biologique de l'être disparu mais la profondeur du lien relationnel brisé.
Lorsque nous perdons ce compagnon, l'impact émotionnel, la sidération et la douleur physique qui nous traversent proviennent des mêmes zones de notre attachement, des travaux de neurosciences le démontrent. L'incidence sur notre existence se traduit par les mêmes étapes de déstructuration. Dans les situations les plus aiguës, ce deuil peut aussi provoquer un refus de continuer sans lui, un sentiment d'errance où l'avenir perd tout son sens.
Je crois vraiment qu'il est indispensable d'arrêter de comparer et de définir des échelles de valeur quant à la douleur. Mes accompagnements me montrent, chaque jour, combien cette croyance contraint la possibilité d'accueillir la réalité de ce qui est éprouvé. Reconnaître cette similitude n'enlève rien à la valeur des drames humains. Cela permet simplement de pouvoir valider la légitimité d'une souffrance réelle et d'éviter qu'elle ne s'envenime dans un secret aux répercussions importantes.
Quand les besoins fondamentaux vacillent
La rupture de cette relation se manifeste parfois par un effondrement de nos repères. Nos partages structuraient nos journées à travers les sorties, les repas et les moments de jeu ou de soin. La fin de cette présence concrète désorganise instantanément notre emploi du temps, et cette perte de rythme peut altérer nos fonctions biologiques de base.
Au cœur des séances que je propose, certaines perturbations reviennent fréquemment. Il s'agit d'un sommeil qui s'échappe ou au contraire qui se vit comme un refuge, une fuite de la réalité. Une alimentation perturbée avec une perte d'appétit ou à l'inverse avec un comportement compensatoire qui vient parler du vide intérieur. Ou encore de l'hygiène de vie globale où le manque de motivation généralisé peut conduire à négliger son propre corps ou son lieu de vie.
J'insiste ici en mentionnant que ces signaux d'alerte ne doivent pas être pris à la légère. Ils révèlent que ce que vous traversez dépasse le cadre de la tristesse.

Sortir de l'isolement grâce à l'accompagnement
Dès lors que cette perte entraîne un repli sur soi ou une rupture avec le monde extérieur, ou encore des signes d'une douleur accrue et d'une difficulté à continuer de vivre le quotidien, un soutien devient préférable voire indispensable. L'isolement reste le terrain idéal pour la rumination et la culpabilité notamment autour des questions de la fin de vie ou à l'euthanasie de l'animal.
C'est précisément à cet endroit que mon rôle de thanadoula prend tout son sens. Dans mon quotidien professionnel, je tiens à préciser que ce qui est accompagné, ce n'est pas la nature de la perte en elle-même mais bien le processus engagé et l'impact réel que la séparation a sur vous-même et sur votre quotidien.

L'intensité de votre deuil se mesure à des éléments concrets qui n'appartiennent qu'à vous : la force du lien affectif tissé au fil des années, le vide laissé par sa présence physique, l'effondrement de vos habitudes et le poids de toutes les représentations et projections que vous aviez placées en lui.
En vous offrant une présence bienveillante et un espace d'expression libre, je vous permets de déposer ce chagrin sans craindre le moindre jugement. Cet accompagnement du deuil animalier, sur mesure est conçu pour vous aider à mettre des mots sur ce qui vous bouleverse, à restaurer des habitudes respectueuses de vous-même et à traverser le champ émotionnel perturbé pour retrouver, pas à pas, un équilibre serein.
Si la relation physique et concrète s'arrête, le lien intérieur, celui du cœur, ne se rompt jamais.
Il demeure, se transforme et continue de vivre en vous. C'est ce cheminement qui, au-delà de la douleur, rend possible la transmission et le souvenir durable de cet amour partagé.





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