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La vie sans toi


Gravure sur bois d'un artiste peignant. L'image est un gros plan d'un artiste masculin portant des lunettes, les cheveux peignés en arrière, portant une veste texturée, tenant un pinceau à pointe plate sur une palette ovale en bas à gauche. L'image est une gravure, avec l'image des tons sombres et clairs gravée sur une feuille de bois au grain de bois horizontal visible, ressemblant au chêne. La majeure partie de l'image est de couleur ambre clair, avec une ombre sombre tombant du bord supérieur gauche en diagonale à travers la main qui tient le pinceau et la palette. Les tons les plus sombres gravés au laser sont brun foncé.


Certains matins, la frontière entre la nuit et le jour s'estompe dans un murmure. L'esprit ne cherche rien à comprendre et accueille simplement ce qui traverse l'instant.


Ce matin, avant même les premiers bruits de la journée, ta présence s'est imposée, douce et enveloppante.


Je me suis réveillée… tu étais là !

Tu étais là, vibrant. Et j'ai eu envie de laisser les mots se déposer. Certainement, ai-je aussi l'envie de me déposer au cœur de votre présence et de votre attention.



Femme de dos en sweat rouge assise au sommet d'une falaise contemplant un lever de soleil sur les montagnes.


Je ne vois plus ton sourire, je le sens comme je sens la chaleur des rayons de soleil touchant et effleurant ma peau. D'ailleurs, il arrive encore à faire émerger un sourire sur mes lèvres, un sourire qui scintille jusque dans mon regard.


J'entends parfois ta voix… lointaine. Et je sais que si j'ai envie de t'entendre, je peux appeler Maman en lui demandant de ne pas décrocher pour que j'entende encore le message que tu avais enregistré :

« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de… ».

Je me dis aussi que tu te serais « t'chalé » (comprendre : émerveillé) de tel ou tel événement, de telle ou telle décision prise par les uns et les autres. Je peux encore ressentir ce qui était là pour toi, dans ta fierté et ta joie.


Il y a trois ans et demi, tu mourais brutalement. Le chef d'orchestre a alors quitté précipitamment la scène et il nous a fallu composer ensemble une nouvelle mélodie au nom énigmatique pour certains : ta présence dans l'absence.

De la dissonance des divers sons, sont nées peu à peu d'improbables harmoniques et en tendant délicatement l'oreille, nous pouvions déjà entendre un air doux et lointain.


Depuis lors, cette mélodie n'a de cesse de nous accompagner, de nous inviter à ajouter des sons en toute liberté.

Le compositeur s'est révélé, il se nomme Amour.

Portrait d'une femme à lunettes, en gros plan, posant une main sur son cœur, visage tourné vers la lumière.


Au fil des saisons, l'absence a cessé d'être ce vide assourdissant des débuts. Elle est devenue un espace sécurisé, un lieu de rendez-vous discret au milieu du tumulte du monde.


Ta mémoire anime désormais mes gestes les plus simples, mes choix les plus profonds, ainsi que ces petites habitudes partagées qui continuent de fleurir dans nos journées.

Rien ne s'efface, rien ne s'oublie. Tout se métamorphose.

La douleur aiguë s'est muée en une gratitude tranquille, celle d'avoir marché à tes côtés et d'avoir reçu tant d'enseignements sans même que nous ayons eu besoin de grands discours.


Aujourd'hui, ton empreinte se pose comme cette clé en début de portée. Elle ne dicte pas le chemin, elle donne la tonalité. Elle inscrit le mouvement et le tempo sans jamais entraver notre liberté d'improvisation.


Dans cette symphonie nouvelle, nous avons aussi appris la valeur des silences. Ces pauses nécessaires où le souvenir surgit, où la musique reprend son souffle entre deux mesures.


Cette pensée consolante le rappelle si bien : « Celui qui est parti, ne serait-ce que pour un jour, est partout autour de nous. Il n'est plus là où il était, il est désormais partout où nous sommes. »


Guidés par cet Amour indélébile qui compose désormais notre histoire, nous apprenons tour à tour à jouer notre propre partition en solo, affirmée et singulière, puis à nous retrouver dans un chœur puissant, jouant à l'unisson.

Une même voix, un même accord vibrant qui célèbre ce qui nous lie.

À toi, mon père.

6 commentaires

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Gwenaela
04 août
Noté 5 étoiles sur 5.

J'avais deviné que je serais émue en te lisant, mais tes mots vont bien au-delà : ils touchent à ce qu'il y a de plus pur.

Cette métaphore du chef d'orchestre et de la métamorphose de l'absence est d'une beauté bouleversante. Quand l'amour a été aussi fort que ce que tu laisses deviner, la douleur finit par faire place à cette musique de l'amour — une symphonie intérieure, portante et soutenante, qui ne cesse de vibrer et d'éclairer le chemin.

Tes mots sont magnifiques, Sylvie. Merci pour cette partition d'une immense délicatesse offerte à la mémoire de ton père. 🙏✨

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Merci infiniment. À mon tour d'être touchée et par tes mots et par ta présence.

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Caroline
03 août
Noté 5 étoiles sur 5.

A Mon n père ❤️

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🩵

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Valérie HUBERT
03 août

Merci Sylvie pour ce texte à la fois magnifique et simple, touchant, criant de vérité, de réalité.

Tout ce que tu écris me parle tellement ! A part que pour mon père, cela n'a pas été soudain, brutal, mais le résultat d'une longueeeeee hospitalisation, d'une dégradation tout au long de ces 15 mois...

🙏

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Merci pour ton commentaire. Chaque chemin a sa particularité que nous abordons avec ce que nous portons. Et être accompagné peut parfois permettre d'être à une plus juste distance.

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