La thanadoula que je suis
- Sylvie, Thérapeute, Thanadoula Palliathérapeute

- 26 janv.
- 4 min de lecture

Voyage entre ombre, lumière et liberté
Je ne pourrais pas définir le chemin qui m'a menée à l'accompagnement de la fin de vie comme une ligne droite. Il serait plus juste de l'imager comme une succession de mues, de déconstructions et de rencontres. Tout cela, petit à petit, a dessiné un cadre à la fois solide et poreux.
Etre thanadoula aujourd'hui, est pour moi une évidence, une nouvelle escale dans le parcours engagé il y a presque 20 ans, un parcours où la quête de liberté d'être a été le vecteur principal.
A mon sens, ce métier ne s'exerce pas seulement avec des outils techniques et une connaissance théorique, il demande de s'affranchir des attentes, de bien des croyances, des enjeux de l'ego.
De mon côté, il a pris corps au cœur d'une présence façonnée par le vécu, d'une confrontation aux systèmes de pouvoir et d'une ouverture au monde invisible.
Les rencontres comme laboratoire de l'être
Mon identité s'est forgée au contact de mondes qui pourraient paraître diamétralement différents, voire opposés. Je ne les ai jamais ressentis comme tels. Ces rencontres ont été des miroirs nécessaires pour comprendre où et comment je souhaitais placer mon curseur d'autonomie.
Il est important pour moi de poser dès à présent que ce que je vais vous partager n'est pas le reflet de mes croyances. Ce n'est qu'une part infime de mon parcours. Toutes ces rencontres, toutes ces expériences n'ont fait que m'amener à considérer la préciosité de l'humain et du vivant. Elles ont ouvert un espace sacré au concret, à la matière et aux interconnexions du vivant, ce qui m'a permis d'en percevoir et d'en intégrer quelques fonctionnements.

Le premier de ces miroirs fut celui des « gourous », dans le mauvais sens du terme. Cette expérience m'a plongée directement au cœur des enjeux de pouvoir. J'y ai observé comment l'humain peut s'abandonner à l'autre mais aussi comment l'autorité peut devenir un piège. Cette étape a été cruciale pour définir mon propre cadre d'accompagnement professionnel ainsi que mes limites personnelles.
Par la suite, la Franc-maçonnerie m'a offert une perspective différente sur l'appartenance. Elle a ouvert ma lecture du monde et des systèmes de croyances, m'enseignant que le cadre peut être un espace de construction intellectuelle et symbolique. Malgré ses attraits charmeurs, je n'ai pu franchir le seuil des portes de la loge. J'ai alors décidé de rester sur ce que cette expérience m'avait apportée : donner sa place au symbolisme.
Cependant, c'est la rencontre avec des chamans qui a véritablement élargi ma vision de l'invisible et du monde. Avec eux, j'ai pu explorer ces états modifiés de conscience que je vivais déjà de façon spontanée.
Ils m'ont ouvert la voie à une approche réelle où le sacré ne demande pas de dogme mais une expérience directe.
Cette expérience, je l'ai vécue intensément dans la connexion à la nature mais surtout à la connexion à ma propre nature. J'ai connu ces moments d'extase où la frontière de l'individualité s'effacent pour ne faire qu'un avec le vivant. Je le vis encore régulièrement… me sentir un simple élément de cette nature, pas plus pas moins, y trouver ma juste place sans prétention et revendication.
Je vis ma spiritualité tel un ancrage et non pas comme une fuite de la réalité incarnée.
Chacune de ces rencontres m'a enseigné à comprendre ce qui alimente les enjeux de pouvoir. Elles m'ont surtout appris à les détecter rapidement et à m'en soustraire avec délicatesse.
Elles ont inscrit en moi que l'appartenance n'est pas l'allégeance, que pouvoir c'est permettre, que le symbolisme est une autre lecture du concret et du tangible.
La structure intérieure : psychologie et art

Parallèlement à ces explorations, mon intérêt à comprendre la psyché humaine m'a conduite vers la peinture et la psychologie. Quelques enseignements théoriques et pratiques en psychothérapie associés à une thérapie personnelle avec une psychologue ont été le creuset de ma transformation. Cette transformation a été soutenue par mon expérimentation du processus de création en lui même, des expositions artistiques professionnelles aussi…
Chaque année, comme un cycle naturel, des prises de conscience successives m'éloignaient des schémas préconçus et des sentiers tout tracés, bien loin de tout ce qui était transmis.
J'ai commencé à percevoir la trame, cette interconnexion profonde entre nos blessures, nos héritages et notre capacité d'adaptation. Les voyages intérieurs, portés par le tambour chamanique et la voix, ont été des aventures profondes, des découvertes, pas toujours agréables mais toujours instructives.
J'ai ainsi revisité des notions de base comme le donner et recevoir, comme avoir et donner du sens, le vivant et la finitude, le mental et l'intuition etc.
Un fonctionnement basé sur la déconstruction
Mon fonctionnement personnel repose sur un cycle permanent : déconstruire pour reconstruire. Je ne cherche pas à accumuler les certitudes mais plutôt à ouvrir le champ des possibles pour continuer d'avancer dans l'aventure. Cela me fait penser au fait que dans le vivant et notamment dans le corps humain, c'est la mort permanente des cellules qui maintient la vie.
Je m'invite à vivre des expériences et j'accueille celles qui prennent place dans ma vie. J'avoue que je ne suis pas très théorie, je vois plutôt l'expérience comme enseignement. Je me donne donc la main et je suis mon élan pour entrer dans cette dernière. Je m'immerge dans le cadre proposé pour mieux m'en imprégner. A partir de cette imprégnation, je m'approprie ce qu'elle induit en moi. C'est ce qui me permet de réajuster mes positionnements, mes croyances, mes besoins et mes envies.

Ce qui ressort aussi de mon parcours, c'est le non-attachement. Je n'attends pas que les choses se répètent. Je vis pleinement l'unicité de l'instant et le champ des possibles que cela ouvre.
Je ne cherche pas à revenir sur les choses, ni à les revivre, même si elles peuvent paraître extraordinaires.
Je crois vraiment que cela m'a permis d'accueillir l'instant présent avec une neutralité bienveillante.
Ce « laisser aller » autorise l'alliance des facultés. Souvent, il m'est demandé si je canalise, analyse, si je suis médium, chamane, psychothérapeute… je dirais juste que je suis Sylvie et que ma présence et mon champ d'action sont porteurs de la combinaison de mon mental, mon intuition et mes perceptions plus subtiles.
C'est au-delà d'une pratique, d'une technique ou d'un apprentissage théorique, je ressens que c'est un état d'être, je ne sais être autrement.
C'est mon fonctionnement propre, il s'est forgé au fil de mes expériences de vie, de mes choix et de mes prises de conscience.
… il y a une suite à cet article, vous y retrouverez l'impact de mon parcours sur mon activité professionnelle de thanadoula.





Chère Sylvie
Je n’ai pas toujours l’occasion de lire toutes tes publications mais celle-ci m’a attirée.
Je suis très sensible à ce que tu décris de ton parcours, et de la confiance que tu offres en livrant ainsi l’intime de ton parcours.
C’est inspirant et cela rejoint ce que j’ai vécu au contact des thanadoulas du séminaire : la perception de la variété, de la richesse, de la complétude / complémentarité qui existe entre nous toutes.
C’est un vrai cadeau que tu nous fais.
Merci 😌