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États modifiés de conscience et mort : une préparation intérieure


Échelle symbolique s’élevant dans les nuages, image métaphorique des états modifiés de conscience et de l’apprivoisement de la mort, reliant corps, esprit et passage intérieur.



Élargir la conscience pour apprivoiser la mort (Volet I )


Avez-vous déjà vécu un instant où la réalité semblait s'élargir, où votre perception du temps, de l'espace ou de votre propre corps s'était comme déplacée ? Cela aurait pu être au détour d'une méditation profonde, d'un rêve éveillé, d'un concert qui vous emporte, d'un accompagnement au son du tambour chamanique ou encore lors d'un choc de vie. Dans ces moments, quelque chose s'ouvre, c'est comme une brèche dans le quotidien, un état où la conscience n'obéit plus aux règles ordinaires.


Ces instants sont ce que nous appelons des états modifiés de conscience (EMC). Ils nous donnent accès à une autre manière d'habiter notre corps et de ressentir le monde.


Et si ces expériences n'étaient pas de simples curiosités psychologiques mais de véritables clés pour apprivoiser la mort ?

La mort, pour beaucoup, est synonyme de fin brutale, de perte et d'inconnu angoissant. Mais lorsque nous expérimentons des états où l'ego se relâche, où les frontières de soi deviennent poreuses, nous entrevoyons que la conscience peut se vivre autrement que dans le schéma habituel. Le corps, avec ses rythmes, ses sensations, ses neurotransmetteurs, et le cerveau, avec ses fréquences, deviennent alors des terrains intéressants d'exploration.


Cet article, en deux volets, est à nouveau une réflexion personnelle. Cette fois ma réflexion se pose sur le sujet des états modifiés de conscience au service de la fin de vie. Elle est basée sur des transmissions reçues lors d'expérimentation avec des chamanes, mes propres expériences et des recherches scientifiques faites sur le sujet.


Je vous propose donc un nouveau voyage. Celui amenant à comprendre comment les EMC agissent sur le corps et les fréquences cérébrales, et en quoi ils peuvent transformer notre rapport à la mort.

 

Je vous ai déjà parlé du fait d'apprivoiser la mort. Comment ? En parlant d'elle et en lui rendant sa place d'étape de vie, également en apprenant à reconnaître en nous les passages, les transitions qui nous y préparent doucement, je parle là des deuils symboliques. Aujourd'hui, j'ouvre la réflexion sur une tout autre piste… les EMC.


Femme en méditation silencieuse en pleine nature, illustration des états modifiés de conscience et de leur rôle pour apprivoiser la mort avec présence et sérénité.


Qu'est-ce qu'un état modifié de conscience ?


Un état modifié de conscience est une manière de vivre l'expérience de soi différemment. La conscience se déplace, se contracte ou s'élargit, le temps se transforme, les perceptions s'intensifient ou disparaissent.


Les expériences d'EMC sont accessibles à tous, même si, à mon sens, il est préférable qu'elles soient accompagnées dans certains domaines :

  • la méditation dite profonde quand le flot des pensées s'apaisent

  • l'hypnose où l'imaginaire devient si vivant qu'il agit sur le corps

  • la transe chamanique soutenue par le rythme du tambour

  • une expérience de mort imminente (EMI) où la frontière avec « l'au-delà » semble s'ouvrir

  • l'usage de substances psychédéliques dans des contextes rituels ou thérapeutiques

  • et des expériences définies comme plus ordinaires : l'extase musicale, la contemplation d'un paysage ou un état amoureux


Ces états, ressentis comme particuliers, ne sont pas à la base des fuites hors de la réalité, même s'ils peuvent, comme tout autre chose, être l'outil de cette stratégie… au contraire, ils nous reconnectent à des dimensions de nous-mêmes souvent invisibles mais que nous contactons dans notre quotidien.

Ils offrent une sorte de répétition générale où l'ego se relâche, les repères se brouillent et où quelque chose continue d'être, d'observer, de ressentir. Cette expérience ressemble étrangement à ce que beaucoup décrivent au seuil de la mort.


Lorsque j'ai commencé à expérimenter les EMC dans le cadre de stages spécifiques, j'ai vite compris (et cela a été confirmé par les accompagnants) que je les utilisais déjà spontanément. Leur induction était simple et naturelle pour moi. Sans le savoir à l'époque, j'entraînais mon corps et mon esprit à se préparer, en douceur, à l'ultime passage. C'est ma conviction, bien sûr, je ne serai plus là pour en témoigner mais peut-être que les personnes présentes auprès de moi, au moment de ma mort, pourront relayer ce qu'ils auront perçu de cela. Ce que je sais et ce dont je peux témoigner, ici et maintenant, c'est qu'ils m'ont déjà apporté énormément dans la gestion de ce que je vis et qu'ils ont complètement modifié la lecture que j'ai de moi-même et de l'expérience vécue. Vous allez comprendre pourquoi…


Tambour chamanique , symbole d’ancrage corporel et d’états modifiés de conscience, utilisé comme soutien pour apprivoiser la mort et trouver l’apaisement.


Le corps comme ancrage de l'expérience


Les effets physiologiques des états modifiés de conscience


Quand la conscience s'élargit, le corps ne reste pas en marge, je le vois même comme la première caisse de résonance. Les études montrent que dans les EMC, le système nerveux autonome s'ajuste. En effet, c'est assez fascinant, surtout les premières fois de sentir le rythme cardiaque ralentir, la respiration devenir plus profonde et la tension musculaire se relâcher.

Nous observons aussi une augmentation de la variabilité cardiaque, signe d'un équilibre retrouvé entre système sympathique (action) et parasympathique (repos). D'ailleurs, j'ai appris que la VFC (Variabilité de la Fréquence Cardiaque) est étudiée comme un levier potentiel pour réguler l'anxiété et le stress.


Une étude pilote de l’Université Côte d’Azur (2020) a enregistré, via EEG, des ondes cérébrales et des variations de la fréquence cardiaque chez des personnes pratiquant des techniques de relaxation rapide, révélant des signatures physiologiques observables d’un état modifié de conscience.


Sur le plan biochimique, l'effet des EMC est notable, le cerveau libère des endorphines qui apaisent la douleur, de la sérotonine qui régule l'humeur et parfois de la dopamine, donnant cette impression de joie ou de légèreté.


Ainsi, un état modifié de conscience n'est pas qu'une expérience « psychique ». Il agit en profondeur sur le fonctionnement du corps comme si ce dernier enregistrait une mémoire de sérénité à laquelle nous pourrions nous reconnecter.


Oui, les états modifiés de conscience m'accompagnent au quotidien. Je crois même qu'ils sont devenus un état d'être. Bon, c'est maintenant que je vous avoue que le terrain était propice chez moi car j'ai toujours eu un attrait pour le « lâcher prise ». Je sais que cela va paraître fou à certains, je pense à des conversions, mais par exemple, j'ai toujours aimé la sensation lors de l'endormissement ou… d'une anesthésie générale.


La sensation d'apaisement corporel


J'ai longtemps accompagné et j'accompagne encore des personnes au rythme de mon tambour ou au son de ma voix ou simplement en posant mes mains sur elles. Ce qu'elles décrivent souvent, c'est une sensation de lâcher-prise corporel et mental. Le poids des épaules s'allège, le ventre se détend, la respiration se fait fluide. Certains parlent de flottement, d'autres de chaleur enveloppante ou encore de dissolution des limites du corps.


Accompagnement en conscience avec une main posée sur le cœur, illustration des états modifiés de conscience et de leur rôle pour apaiser les émotions et apprivoiser la mort.

Ces expériences me semblent précieuses pour apprivoiser la mort. Elles montrent que nous pouvons, et surtout que nous savons laisser aller, que la vie ne tient pas seulement à la tension et au contrôle. Elles ouvrent vraiment une mémoire corporelle de confiance.


La mémoire corporelle et cellulaire


Les neurosciences et la psychosomatique rappellent que le corps garde la trace des états vécus. Quand une personne expérimente un profond apaisement dans un EMC, ce n'est pas une simple parenthèse, ses cellules, son système nerveux, ses hormones enregistrent cette empreinte. Elle vit l'impact de cette réalité dans son corps. Et cela ouvre le champ des possibles.


Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français, rappelle souvent que nos expériences ne s’effacent pas. Elles laissent des empreintes inscrites dans le corps et dans la mémoire affective. Le corps garde donc la trace des états vécus, qu’ils soient de souffrance ou d’apaisement.


Cela signifie que face à une maladie, une crise ou en fin de vie, il est possible de retrouver cette mémoire corporelle. Elle se pose comme un ancrage qui dit « tu connais déjà le chemin de lâcher-prise, fais-lui confiance ». J'ai vraiment ancré cette croyance au fil de mes expériences : la résistance est ce qui alimente le plus la souffrance… alors la voie du relâchement est pertinente et indispensable dans ma vie.


Les états modifiés de conscience nous rappellent que le corps sait déjà se relâcher, retrouver une mémoire d’apaisement et nous guider vers la confiance. Dans ce premier volet, nous avons exploré comment nos sensations, notre respiration, nos rythmes intérieurs deviennent des alliés précieux pour apprivoiser la mort.


La semaine prochaine, je vous inviterai à franchir une autre porte, celle du cerveau et de ses fréquences. Nous verrons comment les ondes cérébrales influent sur le fonctionnement de notre corps et pourquoi elles peuvent devenir une voie de préparation intérieure à l'expérience de fin de vie et de mort.


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